mardi, mai 21, 2019
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Par Samer R. Zoughaib

La police américaine détient depuis le 13 janvier une journaliste d’origine iranienne, Marzieh Hachemi, qui travaille pour le service anglophone de la chaîne Press TV. Aucune charge n’est retenue contre elle.

Les droits de l’homme à géométrie variable fonctionnent à merveille aux Etats-Unis. Marzieh Hachemi, une journaliste américaine d’origine iranienne, née au pays de l’Oncle Sam, a été arrêtée pour l’unique raison qu’elle travaille au service anglophone de la chaîne publique iranienne Press TV. Selon l’agence officielle de la République islamique Irna, la présentatrice a été appréhendée le 13 janvier à son arrivée à l’aéroport international de Saint-Louis Lambert, alors qu’elle rentrait aux Etats-Unis pour rendre visite «à son frère malade et à d’autres membres de sa famille». Violant ses droits civiques les plus élémentaires, les agents qui l’ont emmenée ne lui ont fourni aucune explication, avant qu’elle ne soit transférée par le FBI dans un centre de détention à Washington.  

Pendant 48 heures, Marzieh Hachemi a été confinée à l’isolement et sa famille est restée sans nouvelle d’elle. La jeune femme a déclaré à des proches avoir subi de mauvais traitements bien qu’aucune charge formelle n’a été retenue contre elle. Elle a affirmé que «son hijab lui avait été retiré de force et qu’elle était traitée comme une criminelle», selon Iran. Elle a aussi indiqué avoir été obligée de «porter des chaînes aux pieds.» Les autorités pénitentiaires ont en outre refusé sa requête concernant la nourriture halal ou même végétarienne. «Elle n’a pu manger que du bretzel et du pain», précise Irna.

Cette détention arbitraire est un exemple frappant des deux poids deux mesures pratiqués par les autorités étasuniennes, pas seulement en matière de politique étrangère, mais aussi lorsqu’il s’agit des droits fondamentaux des citoyens américains censés être garantis par la Constitution du pays. Mais visiblement, ces droits ne s’appliquent pas équitablement à tous les citoyens. Tout dépend de leur origine. S’ils viennent de pays dont la politique ne correspondant pas aux intérêts de Washington, ils peuvent subir les pires brimades, même s’ils possèdent la nationalité américaine. Appréhendée alors qu’elle ne faisait l’objet d’aucun mandat d’arrêt, et sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle, Marzieh Hachemi en a fait l’expérience. Même ses droits les plus élémentaires concernant ses croyances religieuses, pourtant protégées en théorie par les lois américaines, n’ont pas été respectés, ni au niveau de sa tenue vestimentaire ni de ses habitudes culinaires.

Washington couvre les assassins de Khashoggi

L’attitude des autorités américaines dans l’affaire Marzieh Hachemi est d’autant plus condamnable que le président Donald Trump s’est personnellement investi pour couvrir les assassins du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, sauvagement tué par des agents saoudiens au consulat du royaume wahhabite à Istanbul, le 2 octobre dernier. Bien que toutes les preuves, y compris celles fournies par la CIA, montrent que le prince héritier des Saoud, Mohammad Ibn Salmane (MBS), est personnellement impliqué dans ce meurtre odieux condamné par la planète entière, le locataire de la Maison-Blanche n’a pas froid aux yeux. En plus de la protection politique et diplomatique accordée à MBS, aucune mesure sérieuse n’a été prise pour punir les assassins et leur commanditaire, malgré l’énormité du crime. Aucun ressortissant saoudien n’a été arrêté, inquiété ou entendu par la justice américaine. Pire même, l’ambassadeur saoudien à Washington, Khaled Ben Salmane, le frère de MBS, a pu tranquillement quitter le territoire des Etats-Unis alors que son rôle dans le piège tendu à Khashoggi, était connu depuis le début. C’est en effet ce prince de 27 ans qui aurait fourni les assurances nécessaires et proposé au journaliste de se rendre au consulat à Istanbul, où l’attendaient une équipe de bourreaux-tueurs, spécialement envoyés de Riyad.

Une crise morale

Et pendant que des assassins continuent de sillonner la planète en toute tranquillité, une présentatrice TV, à qui rien n’est reproché, est arbitrairement arrêtée à sa descente d’avion, comme un vulgaire criminel.

Les autorités américaines n’en sont pas à leur première violation des droits fondamentaux de leurs concitoyens. Les cas, connus et moins connus, où des individus ont été inquiétés, voire persécutés, pour des mots qu’ils ont dits ou écrits, ne se comptent plus.   

On se souvient encore de la journaliste Judith Miller, emprisonnée en juillet 2005, dans ce qui est appelé le scandale Cooper-Miller-Novak. Accusée d’avoir écrit un article qui aurait permis de dévoiler l’identité d’une agente de la CIA, Valérie Plame, l’épouse de l’ambassadeur Joseph Wilson, la journaliste a passé des mois derrière les barreaux car elle refusait de dévoiler ses sources… au pays de la liberté d’expression. Elle n’a retrouvé sa liberté que lorsqu’elle a accepté de donner le nom de la personne qui lui a fourni les informations.

Lorsqu’un pays viole allègrement les principes qu’il prétend défendre, et pour lesquels il n’hésite pas à mener des guerres, et à distribuer des certificats de bonne conduite, c’est qu’il traverse une profonde crise morale.

Les Etats-Unis n’ont plus de leçons à donner au monde. Il est temps qu’ils en reçoivent.

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